| Promouvoir une qualité de vie |
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| Parutions de Manuel Moraga | ||||||||||
Les soins et la qualité de vieDu discours de cette dame, nous pouvons déduire plusieurs choses importantes permettant de définir une bonne qualité de vie. Soigner peut être défini comme tout ce qu'on met en place pour que la vie continue. Dans ce concept, sont inclus les soins d'entretien de la vie et les soins de réparation. Lorsque nous parlons, dans cette définition de la vie, nous entendons une qualité de l'existence. Ainsi, par exemple, pour une personne ayant une maladie grave, soigner consisterait à déterminer avec elle les critères lui permettant de vivre au mieux cette période difficile en tenant compte de son vécu et de ses attentes. Par cette démarche, les soignants favorisent tout ce qui fait la vie. Pour cette dame irlandaise, la démarche favorise le processus de mort, l’uniformité, l'institutionnalisation. Elle n’est pas soignée, elle respire, elle vit. L'attitude des soignants la confronte à des deuils continuels provoqués par le système institutionnel et s'ajoutant à ceux qu'elle doit faire concernant sa vie. La qualité de la vie est un critère déterminé et évalué par le patient. Elle est individuelle. Si les soins d'entretien de la vie sont importants pour nous tous afin de conserver la santé et de développer une bonne qualité de vie, en gérontologie ils sont essentiels. Pourtant, ils sont souvent minimisés, vus comme simples par les soignants. Trop faciles pour certains, peu valorisants, peu reconnus comme thérapeutiques pour d'autres. Cela permet-il d'expliquer la façon dont certains soignants donnent ces soins (une toilette, un bain, une douche) qui ressemblent davantage à des grands nettoyages qu’à un soin. L’essentiel est la propreté.
Pourtant des enjeux à travers ces actes peuvent être fondamentaux pour la personne soignée. Elle peut être reconnue ou niée; acceptée ou refusée, nourrie par le contact ou rejetée. Par exemple, ces soins vont permettre à certaines personnes âgées d'être en contact physique, de se montrer. Ce moment est pour elles l'occasion de développer une meilleure estime d'ellesmêmes et de renforcer leur narcissisme (qui est en quelque sorte le gardien de la vie), d'aborder les difficultés liées aux changements de l'image de soi. Le but de ces soins est, comme leur nom le dit, l'entretien de la vie. Leur nature est faite d'actes de la vie quotidienne. Pourtant ce sont les soins de réparation qui sont valorisés. Ils consistent à réparer le corps de l'autre. Si soigner est équivalent à l'application des techniques, que ce soit dans lessoins de réparation, ou dans les soins d'entretien, les soins seront mécaniques, stéréotypés et perdront leur sens et leur valeur. L'organisation du travail se fera en conséquence et des personnes comme la dame de notre poème ne seront pas vues, reconnues par le personnel si elles n'ont pas besoin de soins de réparation. L'importance du toucherPar cette dame, nous voyons que le personnel lui envoie une image d'elle·même découpée, comme si le personnel séparait dans les soins le corps de l'esprit, de l'âme et du psychisme. Pourtant, nous savons l'importance et la valeur des interactions de ces différents aspects chez l'être humain. Nous la constatons chez des personnes ayant des problèmes corporels importants qui assument aisément leurs difficultés parce que d'autres aspects de leur être sont en santé et mobilisés. Nous connaissons aussi des individus vivant des périodes de crise de plus ou moins grande intensité sans que leur corps ne soit malade. Pourtant, celui-ci présente des signes de détresse. La communication est un élément révélateur de cette unité. Paul Watzlawick démontre que la communication non verbale est quatre fois plus puissante que la communication verbale. Selon lui, les relations profondes s'établisent souvent à travers ce qui n'est ou n'a pas été dit mais que le corps se charge d'exprimer. Nous voyons ce phénomène avec personnes en phase catatonique, dépressive ou d'autres personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas communiquer. Pourant, leur corps exprime leurs malaises, leurs limites et leurs demandes. Cette expression à travers le corps est subtile. Le décodage de cette communication, l’infirmière peut le faire en étant en contact et en utilisant son propre ressenti qui peut se manifester de multiples manières, entre autres par une somnolence, une certaine confusion, de l'anxiété. Le corps joue un rôle fondamental dans l'approche relationnelle et thérapeutique de la personne soignée. Cependant, les approches de soins ne renforcent pas cette unité. Le corps est un « support » dans cette relation, c'est son dysfonctionnement qui sollicite l'infirmière et l'organisation de l’action. Souvent le problème physique est le signe d'un malaise lié au mal-vivre de la personne. A travers les soins proposés, on peut aussi soigner ce malaise. « Ce bon prétexte » devient donc le lien, le pont, l'invitation à soigner. Le toucher est une action de relation que les soignants doivent proposer à la personne âgée. La relation dans les soins infirmiers en gérontologie est spécifique et tient compte des trois concepts suivants: temps, narcissisme et inhibition de l'action. Le concept temps englobera l'histoire de vie et la mobilisation du vécu positif dans le présent. D'autre part, la personne âgée a un long passé derrière elle, un présent, un court futur et des projets. A partir de cela, les soignants travailleront avec elle sur des projets concrets et quotidiens qui tiennent compte des richesses de son passé. Les soignants chercheront avec la personne âgée qui pourrait être et qui est le dépositaire d'une partie de leurs expériences et de leurs connaissances. Le concept du narcissisme prend en compte blessures et pertes vécues par la personne âgée et les mécanismes de régression normaux ou pathologiques qu'elle utilise. Cette dame irlandaise montre clairement ce passage difficile où les pertes subies ont été si nombreuses qu'une blessure narcissique demeure. La personne se trouve dans un chemin qui l’amène vers la régression pathologique (baver, ne plus communiquer, etc.). Mais lorsque les soignants comprennent ce processus, cela se fera vers le dépassement de ses deuils et la construction d'un nouvel équilibre. Le concept de « inhibition » de l'action - selon H. Laborit - apparaît chez cette dame à travers le « quoi qu'elle fasse », cela ne sert à rien. A partir de ce constat que peut-elle faire au niveau psychologique, biologique ou autre? J'ai constaté que lorsqu'une personne âgée arrive dans une institution, elle essaie d'être reconnue à travers différents comportements. S'ils ne sont pas compris, reconnus, mais que la personne peut en parler, étant dans l’action, elle restera en santé. Par contre, si quoi qu'elle fasse, cela ne sert à rien, cela va se retourner contre elle à travers des maladies ou autres. L'espaceL'espace est un des éléments essentiels pouvant déterminer une bonne ou mauvaise qualité de vie. E. T. Hall dit que l'espace est en quelque sorte le prolongement de notre psychisme. Il a décrit autour de chaque individu trois bulles (distances): intime, sociale, publique.
Si nous partons de ce concept comme élément qui va modeler notre qualité de vie quotidienne, que se passe-t-il lorsqu'une personne est hospitalisée dans une institution? Des recherches, faites avec des étudiants du cycle de soins infirmiers de gérontologie que je dirige, nous ont permis de constater que le respect de ces distances par le personnel est lié au degré de dépendance de la personne. Plus elle est dépendante, moins ces distances sont respectées; plus elle est indépendante, plus elles sont respectées. L'espace représente aussi le cadre de vie de la personne. Ainsi, une personne qui est hospitalisée perd un territoire composé par des espaces différenciés dans lequel elle trouvait des endroits d'intimité, social, etc. Si nous étudions le territoire d'une institution, nous observons que la personne soignée n'a pas souvent des espaces intimes. Elle n'a pas le droit d'utiliser certains espaces et elle n'a pas toujours la possibilité de sortir quand elle le veut. Pourtant, nous pouvons remarquer une priorité d'utilisation de l'espace selon la reconnaissance sociale et professionnelle de chaque individu, par exemple :
L'animationSi par définition l'animation est l'âme, la vie, la coloration de l'institution, elle est par contre parfois mal comprise, mal appliquée. Elle englobe la réalisation des objets, la participation à des activités. Cette dame irlandaise nous dit que pour elle l'âme, la force de sa vie, a été l'amour, les autres, le fait d'avoir des moments de joie, de tristesse, d'activité, des responsabilités, etc. L'essentiel de l'animation passe avant tout par la clarification de l'esprit que l'on veut créer dans une institution. Cette qualité de vie se traduit dans tous les gestes, toutes les activités qui rythment la vie quotidienne. Animer, c'est permettre à la personne de continuer à mettre de l'âme dans les activités de la vie. Cela demande aux soignants d'ajouter au concept du besoin, celui du désir et du plaisir, les deux moteurs de la qualité de l'existence. ConclusionLa nature des soins infirmiers en gérontologie consiste surtout à chercher des savoirs permettant de développer la qualité de vie de la personne âgée. Ce développement, les infirmières pourront l'accomplir si elles partent de la compréhension du déroulement de la vie dans n'importe quel milieu. Il s'agit moins d'inventer un nouveau système de soins pour les personnes âgées que de valoriser et de comprendre les éléments qui permettent le bon déroulement de la vie. Cette démarche nous permet d'ouvrir les yeux, de regarder, de voir la personne que nous soignons.
Bibliographie
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+ Full Story20 et 21 septembre 2012 L'Analyse de la Pratique et l'explicitation Formateur : Brigitte Dederding |
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+ Full Story8 et 9 octobre 2012 L'Analyse de la Pratique Professionnelle. Formateur : Anny Papilloud- Moraga |
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+ Full Story13 et 14 décembre 2011 Animation des groupes et co-création des savoirs. Formateur : Françoise Struby-Maillard |
Le CIPEPS est un groupe d'étude, d'analyse et de mise en place de solutions personnalisées de soins palliatifs, à destination des professionnels de la médecine.
C’est une société savante pluridisciplinaire associant professionnels (libéraux, hospitaliers, enseignants universitaires) et bénévoles.