| Le projet de vie, qualité de vie dans deux institution |
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| Parutions de Manuel Moraga | |||||||||||||||||||||||
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Pratique soignante
Deux institutions, l'une à Carcassonne et l'autre à Montargis, ont réalisé un projet de vie dans leur établissement. Les équipes soignantes se sont engagées, malgré d'importantes contraintes socio-économiques, à transformer leurs pratiques et le positionnement des soignants dans la prise en charge des soins et dans l'exigence de créer des conditions permettant d'assurer une meilleure qualité de vie pour les personnes soignées. Deux projets de vie ont été réalisés avec des démarches de projet similaires mais dans des dynamiques différentes, dans les centres hospitaliers de Carcassonne(11) et de Montargis (45).
Le projet de Montargis, débuté en 1999, et actuellement en fin de conceptualisation, a servi de base à la démarche d'accréditation de l'établissement.
Le projet de Carcassonne, commencé en 2001, a permis jusqu'à maintenant la conceptualisation et la mise en place de l'axe accueil. Actuellement, le groupe de pilotage travaille sur l'axe soins palliatifs et les procédures en relation avec l'accompagnement en fin vie.
L a stratégie utilisée pour ces projets de vie a été pour chacun des dix axes définis : l'évaluation de l’existant, la projection et la vision des pratiques souhaitables en relation avec les personnes soignées et leur entourage, la conceptualisation de ces axes, et la transformation des concepts en procédures et protocoles jusqu'à leur réalisation. Avant la généralisation de ces démarches et de leurs outils, des étapes d'expérimentation et d'évaluation ont été fondamentales.
La formation du personnel a commencé très rapidement. Le cadre de référence concernant le processus du vieillissement, la vision de la personne âgée, le référentiel de santé et la définition opérationnelle de la prise en soins interdisciplinaire ont été élaborés à cet occasion. Tous les professionnels de chaque institution ont participé à ce travail de préparation. Par la suite, des formations spécifiques ont été planifiées, afin de développer et renforcer des compétences pour la réalisation de chaque axe ( travail en équipe, analyse de la pratique professionnelle, soins restructurants, accompagnement en fin de vie, auto-évaluation ). Il ne s'agit pas de plaquer des références théoriques, mais de les élaborer à partir des réalités de chaque contexte. Ce processus a permis de discuter, dialoguer et enfin partager un accord sur un système de valeurs communes. Le projet de vie à Carcassonne, mise en place de l'axe accueil
L e pôle "personnes âgées" du Centre hospitalier de Carcasonne comprend une maison de retraite de 90 lits et un centre de séjour de 230 lits, structures annexes du Centre hospitalier, situées en centre ville. La maison de retraite Iéna a été entièrement rénovée en 1995, tandis que le centre de séjour du Pont Vieux (CSPV) n'a été que partiellement rénové, et un travail très important reste à faire. Une auto-évaluation réalisée en 2000 par l'équipe d'encadrement et le personnel soignant a permis de mettre en évidence des points positifs et des points à améliorer. La convention tripartite signée en décembre 2001 donnant à l'établissement le statut d'établissement d'hébergement pour personnes âgées (EHPAD) a permis de mettre en place le projet de vie de l'établissement. Un groupe de pilotage de 16 membres a été constitué pour définir des axes de projet à travailler.
Priorité donnée à l'accueilLe premier axe travaillé a été l'accueil. Après 6 mois d'expérimentation, l'évaluation du processus d'accueil a montré, d'une part, la satisfaction des résidants et de leurs familles, témoins de notre souci de prise en charge globale et cohérente, d'autre part, la satisfaction des soignants avec une meilleure connaissance de la personne, un investissement plus important de chaque agent se sentant ainsi acteur de cette démarche, et par le fait que l'image de notre institution a changé de façon positive auprès de l'opinion publique. Réorganisation spacialeIl y a environ deux ans, le service de 15 lits du CSPV (surnommé « le couloir de l'intolérable » en raison de son état de délabrement et d'insalubrité) était fermé par une simple barrière métallique et bordé, d'un côté, par des fenêtres trop hautes pour permettre aux résidants désœuvrés d'apercevoir la rue, et, de l'autre, par des chambres à la peinture écaillée, au sol de dalles décollées ou absentes, au mobilier vétuste. Il n'y avait ni salle à manger, ni lieu de vie propice à une quelconque animation, ni possibilités de sorties à l'extérieur. Après 6 mois de travaux de rénovation, le service rouvrait ses portes et, le 20 septembre 200l, le « couloir de l'intolérable » devenait officiellement les « jardins d'Ariane ». Un groupe de travail a étudié les équipements nécessaires à une prise en charge sécurisée et efficace des patients : couleurs agréables et gaies, logos à thème coloré sur les portes des chambres permettant aux personnes de se repérer, cabinets de toilette et sanitaires fonctionnels, aires de déambulation, salon modulable, lieu de vie et d'échanges du service et propice aux activités ludiques ou thérapeutiques variées (ateliers de cuisine, de psychomotricité, de musicothérapie, de travail manuel, "mémoire", groupes de conversation). De larges baies vitrées et une véranda donnent un repère dans le temps. L'aménagement du jardin en massifs (au bord de l'Aude) permet aux résidants de participer à la plantation et à la cueillette de fleurs ou de légumes qu'ils cuisinent ensuite. L'été, les repas sont souvent pris à l'extérieur, ainsi que les goûters auxquels participent les enfants des écoles environnantes. La famille est pour nous un partenaire précieux, puisqu'elle connaît les habitudes de vie et le "système" de valeurs du patient, renseignements utiles pour veiller au mieux à son bien-être non seulement physique et fonctionnel, mais aussi émotionnel, spirituel et social. Sa prise en charge est globale, mieux adaptée, personnalisée et évolutive. Elle est régulièrement réévaluée, en équipe pluridisciplinaire, lors de réunions de synthèse. S'évaluerLes moyens d'évaluation de cette qualité de vie sont de trois ordres.
Le projet de vie pour les personnes âgées de Montargis, conceptualisationNous avons mis 4 ans pour construire le projet de vie, alors que nous sommes partis de rien, c'est-à-dire de l'hospice fermé, avec des salles communes, des rats, des « pensionnaires » recueillis par l'hôpital pour y passer leur vie, des sœurs dévouées, des personnels non formés parfois affectés ici en guise de punition. Aujourd'hui, quel avenir a ce projet? Freins et limites du projetAccueillir, animer, accompagner, aider à vivre, refuser l'exclusion jusqu'à la fin de la vie en respectant l'histoire, les désirs, la dignité de chacun ... sont le fondement même de notre projet de vie. Mais n'est-ce pas aussi un idéal inaccessible, au regard des freins et des limites rencontrés dans l'institution? Ce projet serait-il une utopie parce qu'il se heurte à des difficultés trop importantes? Les freins liés à la personne âgée elle-même. Les personnes accueillies, très dépendantes, n'ont souvent pas fait le choix d'entrer en institution et arrivent accompagnées de parents culpabilisés de ne pouvoir assurer un maintien à domicile. Dès l'entrée, un deuil important est à faire, tant pour la personne - ne pas pouvoir mourir chez elle - que pour le soignant - ne pas pouvoir respecter les choix et les désirs de la personne âgée. Les freins liés à notre histoire. Des personnels dévoués mais non formés, avec des niveaux d'instruction très bas, ou encore affectés par sanction disciplinaire, sont toujours en poste aujourd'hui. Comment leur faire intégrer une dimension du soin différente, dans laquelle la personne âgée et sa famille sont au centre? Les freins liés à l'institution elle-même. L'appartenance à l'hôpital a l'avantage de la mobilité du personnel, mais les mouvements incessants constituent un obstacle à la pérennité du projet. La cohésion de l'équipe est difficile à obtenir. Adhérer au projet, c'est en intégrer les valeurs et les mettre en pratique dans la durée. Or passer d'une logique d'un lieu de soins à celle d'un lieu de vie demande du temps. Le défaut de reconnaissance de la vieillesse, qui fait peur et se tait, conduit les acteurs des secteurs de gérontologie à se sentir exclus, d'où parfois un manque de dynamisme et de motivation. Les freins liés au manque de moyens. Comment dynamiser une équipe autour d'un projet, quand le quotidien, c'est par exemple trois soignants pour 110 résidants, dont plus de la moitié dépendants, ou des locaux vétustes qui empêchent de réaliser l'essentiel (linoléums décollés imbibés d'urine, absence de lieu de vie dans certaines structures, chambres à 2 lits... )? Il en résulte un épuisement professionnel, un sentiment d'impuissance et de travail mal fait. La mise en place du projet et la qualité de vie des résidants qui en dépend ne peuvent se faire sans attribution de moyens humains et matériels supplémentaires. Les stratégiesMalgré les difficultés et les obstacles, nous avons choisi de relever le défi et de faire vivre ce projet.
ConclusionDans ces deux institutions, le projet de vie a contribué non seulement à améliorer la qualité de vie des personnes âgées, maisaussi à créer une synergie entre les professionnels, un décloisonnement, et des changements de pratiques. Malgré ces bénéfices, cette démarche a été cofrontée à de nombreux écueils.
Ces écueils peuvent figurer des obstacles insurmontables ou des arrêts obligatoires invitant à examiner ce qui fait difficulté, à réengager le dialogue et à travailler sur des stratégies de communication au niveau individuel et collectif afin de réaliser, pas à pas, ce projet nécessaire pour tous.
Définis par le groupe de pilotage, les axes de projet à travailler
Magasine SOINS - Numéro 682 - janvier/février 2004 |
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Le CIPEPS est un groupe d'étude, d'analyse et de mise en place de solutions personnalisées de soins palliatifs, à destination des professionnels de la médecine.
C’est une société savante pluridisciplinaire associant professionnels (libéraux, hospitaliers, enseignants universitaires) et bénévoles.